Conseil municipal de Montpellier : Intervention de Grégoire Delforge, pour les élu-es écologistes, sur la prévention spécialisée et le soutien à l’APS34.
Monsieur le Maire, chers collègues,
Nous avons fait campagne, gauche et écologistes rassemblés, pour une ville qui protège. Parce que la sécurité est un droit fondamental et une condition de nos libertés. Parce que l’insécurité frappe d’abord les plus faibles et les plus démuni·es, et qu’elle constitue, à ce titre, une préoccupation profondément de gauche.
Sans garantie de sécurité, rien n’est possible.
Dans notre programme pour une ville qui protège, nous avons défini une mobilisation déterminée pour la sécurité ainsi qu’une politique de prévention affirmée, parce que les deux vont de pair et sont indissociables.
Nous examinons aujourd’hui une subvention de la Ville à l’Association de Prévention Spécialisée de l’Hérault, l’APS34.
Je souhaite rappeler que la prévention spécialisée a été inscrite dans le Code de la famille et de l’aide sociale en 1986. Il s’agit d’une mission de l’aide sociale à l’enfance confiée aux départements.
Or, depuis quarante ans, la prévention spécialisée n’a jamais été aussi essentielle qu’aujourd’hui.
Dans de nombreux territoires marqués par la précarité sociale, l’exclusion et les tensions urbaines, une partie de la jeunesse cumule les fragilités : décrochage scolaire, entrée plus tardive dans l’emploi, dépendance prolongée à la famille, perte de confiance dans les institutions.
Nous assistons à une fragilisation des repères collectifs et à un affaiblissement des cadres familiaux et institutionnels, qui peuvent conduire certain·es jeunes à chercher ailleurs des formes d’appartenance, de reconnaissance ou de protection.
Une partie de notre jeunesse est ainsi en souffrance sociale et psychique. Entre 15 et 20 % des adolescent·es sont en situation de crise ou présentent des conduites à risque. Ils et elles expriment un sentiment d’injustice, de relégation, de discrimination et de stigmatisation territoriale.
Je veux ici saluer, du fond du cœur, les éducatrices et éducateurs de rue qui relèvent ces défis au quotidien.
Nous connaissons vos conditions de travail, vos salaires, la difficulté de votre tâche, mais aussi votre engagement.
Par votre présence dans l’espace public, au plus près des jeunes et des familles, vous êtes en première ligne pour désamorcer les tensions et recréer du lien social.
Nous vous devons, dans ce Conseil, la reconnaissance de votre travail.
Vous êtes un pilier de la République dans nos quartiers.
Vous touchez des publics invisibilisés en allant vers des jeunes qui échappent aux radars institutionnels. Vous soutenez leurs trajectoires en situation de vulnérabilité et sécurisez leurs parcours en leur offrant des points de bascule positifs dans des trajectoires souvent non linéaires.
Vous accompagnez également les familles en renforçant les compétences parentales et en prévenant les conflits ou les ruptures.
Enfin, vous contribuez à compenser la fragmentation des réponses institutionnelles en rendant les politiques publiques plus lisibles et plus accessibles pour les publics fragiles.
La prévention spécialisée est aujourd’hui en grande difficulté partout en France. La situation est préoccupante.
Personne ici ne méconnaît les contraintes financières qui pèsent sur les conseils départementaux, qui assurent près de 80 % du financement de la prévention spécialisée. Mais nous devons regarder collectivement les conséquences de ces difficultés.
Dans l’Hérault, quinze postes d’éducateurs spécialisés seront supprimés cette année.
Dans ce contexte, toutes les collectivités ne sont pas au rendez-vous.
À Montpellier, nous faisons le choix de maintenir cette subvention à l’APS34 en 2026. Cette aide de 150 000 euros est indispensable. Elle constitue un socle sur lequel nous devrons nous appuyer durablement afin de donner davantage de visibilité et de stabilité à l’association.
Les élu·es écologistes saluent la lutte très volontariste menée par Monsieur le Maire et le Premier adjoint contre le narcotrafic, en mobilisant pleinement les compétences de la Ville et en interpellant l’État chaque fois que cela est nécessaire.
C’est essentiel, car le narcotrafic est une gangrène pour notre société.
Nous saluons également les moyens consacrés à la prévention, car les narcotrafiquants ciblent en priorité les jeunes vulnérables, en manque de repères.
À Montpellier, nous tenons cet équilibre entre sécurité et prévention, parce que nous sommes une majorité de gauche et écologiste, à la fois ferme, humaniste et pragmatique.
Notre objectif, in fine, est de construire une ville qui protège.
Nous formulons ainsi le vœu que notre soutien puisse s’inscrire dans la stabilité et la pluriannualité, et que nous réfléchissions, dans les années à venir, aux meilleurs moyens de renforcer durablement l’action et les ressources de la prévention spécialisée.
Je vous remercie.
