Conseil de métropole de Montpellier du 23 juin 2026 : Intervention de Delphine Esselin, pour les élu-es écologistes, sur le Service express régional métropolitain (SERM) Montpellier Méditerranée
Monsieur le Président, chers collègues,
Je suis déléguée aux questions relatives au Conseil de développement, le CODEV, dont vous avez un des rapports sur la table. C’est à ce titre que je prends la parole aujourd’hui pour vous présenter son avis sur le SERM.
Je veux commencer par remercier sincèrement les deux coprésidents, ainsi que le bureau et l’ensemble des membres. Plusieurs années de travail sur les mobilités de notre territoire ont permis de construire cet avis.
Ce qui rend cet avis particulier, c’est d’abord sa construction. Il a été co-construit avec quatre autres Conseils de développement : Grand Pic Saint-Loup, Pays Cœur d’Hérault, Sète Agglopôle et Pays de l’Or, grâce à plus de douze séances communes, afin de produire une contribution collective à l’échelle du grand territoire.
Les citoyennes et citoyens de ces cinq territoires ont choisi spontanément cette échelle, qui est la bonne échelle, sans qu’on le leur demande. C’est un signal que je trouve profondément encourageant et qui doit nous inspirer.
Alors, que nous dit cet avis ?
Il est structuré autour de cinq demandes.
Premièrement, une demande de démocratie. Les CODEV ont été peu présents dans la phase de préfiguration et demandent à être intégrés durablement dans la gouvernance du SERM, avec un rôle précisé. C’est une demande légitime, utile, et la loi le prévoit.
Deuxièmement, une demande de fiabilité pour les usagères et les usagers. Fréquence, amplitude horaire, prévisibilité des trajets : voilà ce qui fera basculer les gens hors de leur voiture.
Les CODEV ajoutent une notion que je veux souligner ici : la marchabilité, c’est-à-dire la qualité des cheminements piétons pour accéder aux pôles d’échange.
Un pôle d’échange inaccessible à pied pour une personne âgée, pour une personne seule la nuit ou pour une personne en situation de handicap, c’est un obstacle, pas un service.
Troisièmement, le droit au transport. Une billetterie unique sur tout le périmètre, dans l’esprit de la loi d’orientation des mobilités et de la loi Climat et Résilience.
Les CODEV vont plus loin en posant la gratuité comme horizon politique, dans une logique de péréquation entre territoires urbains, périurbains et ruraux. C’est une idée qui mérite d’être considérée.
Quatrièmement, remettre de l’humain dans les pôles d’échange. Des espaces rénovés, conviviaux, avec des agents et agentes dédiés pour accompagner les usagères et usagers.
Le tout numérique laisse des gens sur le bord du chemin. Le service public, ce sont aussi des personnes.
Enfin, cinquièmement, il s’agit de poser une vision à long terme. Privilégier le ferroviaire, réhabiliter d’anciennes voies et poser une question structurante : pourquoi organise-t-on le territoire uniquement autour de Montpellier, alors que Lodève, Clermont-l’Hérault ou Gignac disposent de leurs propres bassins d’emploi et de leurs propres atouts économiques ?
Le SERM ne doit pas seulement faciliter les trajets vers Montpellier. Il doit aussi nous aider à construire des territoires qui ont moins besoin de ces déplacements, dans la dynamique du projet de grand territoire.
Évidemment, nous, au nom du groupe des écologistes, soutenons ce projet. Des dizaines de milliers d’habitantes et d’habitants de Lodève, Gignac ou Saint-Mathieu-de-Tréviers consacrent chaque matin près d’une heure à leurs déplacements et environ 25 % de leurs revenus à leur voiture.
Cette réalité appelle une réponse collective ambitieuse.
Nous partageons l’essentiel de ce que le CODEV exprime, mais je vais être honnête sur un point de divergence : les infrastructures routières.
Le CODEV valide le COM tel qu’il est prévu. Nous, élu-es écologistes, portons une vision différente.
Nous ne sommes pas opposés à tout aménagement permettant de fluidifier la circulation, mais le projet actuel nous inquiète sur deux points : le risque de trafic induit qu’une infrastructure autoroutière génère mécaniquement, et les nuisances qu’elle ferait peser durablement sur les riverains et riveraines, notamment à Saint-Jean-de-Védas.
Nous avons présenté à plusieurs reprises dans cette assemblée un projet soutenu par des associations réunies au sein du collectif AutreCOM.
La solution est simple et largement partagée : un aménagement plus sobre, avec une deux fois deux voies limitée à 70 km/h. C’est une piste qui mérite encore d’être pleinement explorée.
En tant qu’écologistes, nous voulons contribuer à l’ambition collective portée par Julie Frêche, dont je salue le travail à cette occasion.
Nous proposons deux axes à enrichir.
Le premier consiste à rendre les promesses climatiques du projet visibles et mesurables. Nous avons commencé ce travail avec le budget vert ; la même logique doit s’appliquer ici.
Un projet qui ambitionne de décarboner les mobilités doit pouvoir nous dire, dans quelques années, de combien les émissions ont baissé et combien de déplacements en voiture ont été évités.
Intégrons ces indicateurs dans la convention de suivi dès le départ, non pas comme une contrainte, mais comme un outil de pilotage indispensable que nous nous offrons à nous-mêmes.
Le second axe vise à faire en sorte que le désenclavement profite réellement à celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Quand on améliore la desserte d’un territoire, les prix immobiliers ont tendance à augmenter. Les habitantes et habitants les plus modestes risquent alors d’être chassés des endroits que nous aurons désenclavés pour elles et eux.
Anticipons cette évolution en associant aux futurs pôles d’échange une réflexion sur le logement abordable dans leurs aires d’influence.
Pour finir, je veux revenir sur ce que les cinq CODEV nous ont montré : la coopération interterritoriale est possible. Elle existe déjà, construite patiemment par des citoyennes et citoyens engagés, à la bonne échelle.
Allons-y ensemble.
Je vous remercie.
